Votre corps, votre ami

En cette période, les informations alarmistes et contradictoires agissent sur nous comme des malédictions. Notre conscience mentale a été créée peu à peu par les mots, les pensées, les idées qui nous ont été adressés par notre entourage. Même si vous êtes bien conscients d’être un individu séparé, capable de dire « je », capable de vouloir, votre conscience est restée perméable, ce qui lui permet de se développer encore au contact des autres en échangeant avec eux.

Votre corps a aussi été créé par deux autres et il a acquis un potentiel pulsionnel et émotionnel à leur contact puis au contact d’un cercle s’élargissant au cours de sa croissance.

La conscience et le corps sont les outils fondamentaux pour signifier l’identité, aux autres et à vous-mêmes. Mais ils restent perméables et sont en risque de contagion si vous n’y prenez pas garde. Je ne parle pas seulement de la contagion par un virus quelconque, même si cela entre bien dans le cadre de la perméabilité du corps. Je parle d’une contagion plus insidieuse qui organise toutes les autres, et qui permet d’expliquer pourquoi, devant la même menace, certains succombent quand d’autres résistent.

Il existe dans notre monde un potentiel créatif et un potentiel destructeur. Les deux sont utiles, le renouveau nécessaire à toute évolution impliquant que l’ancien disparaisse. Nous sommes à chaque instant apparaissant et disparaissant. La vie requiert l’équilibre de ces forces. Le vivant, dans son ensemble, les subit et les active à la fois. Ce qui les maintient en équilibre, c’est le fait qu’elles soient arbitrées par la conscience des sujets. Encore faut-il que ceux-ci se perçoivent comme tels, c’est-à-dire qu’ils aient accès à eux-mêmes, qu’ils puissent dire « je » sans douter, qu’ils soient l’instance indéfectible d’un vouloir être caractérisé par les limites qu’ils se donnent. Car cette perméabilité, constructive pour la conscience dans sa phase de développement, peut se transformer en une croyance à un « je » sans limite entraînant une boulimie des autres, et une perte des repères identitaires. Je ne vais pas épiloguer sur la mondialisation et le brassage culturel qu’elle impose, ni sur l’oubli des valeurs qui constituaient un noyau identitaire permettant une communication sans risques importants avec autrui. Aujourd’hui, les bordures du « je » sont extrêmement difficiles à cerner et la perméabilité est devenue porosité. L’autre est partout dans nos vies dans une proportion qui ne nous permet guère d’être l’axe qui équilibre les forces créatives et destructives. La tendance des groupes, qu’ils soient politiques, économiques, industriels, à l’expansion sans limite est à l’image des individus qui croient les conduire. Dans cette folie de l’expansion, il y a l’expression du déni de la finitude, lequel s’impose comme le moyen de lutter contre les angoisses mortifères qu’engendre la montée inévitable des forces destructrices. Moins l’identité groupale est perçue, plus l’expansionnisme est la règle, moins l’identité individuelle est perçue et plus la boulimie pour manger de l’autre s’accroît. D’où les réseaux sociaux où l’on se nourrit de la vie d’autrui, de l’image du gâteau fait par l’un, de l’image de la fête d’un autre. L’on mange, l’on ingère de l’altérité et les consciences deviennent insatiables et obèses. Dans le même temps, la confiance en un « je » accessible et irréfutable est perdue et ce ne sont pas les selfies et les mises en scène d’un « soi » superficiel qui vont la rétablir. Les forces destructrices ont pris le pas et l’on délite à tout va ce qui pourraient encore être des repères : théorie des genres alors que la définition sexuelle est le premier repère après le corps lui-même, abolition des différences générationnelles, uniformisation du langage par l’usage d’un anglais bancal ne servant que la cause d’un commerce effréné, dépersonnalisation des sujets par l’usage du « on » en lieu et place de « nous » mais aussi de « je » etc…

Le sujet qui devrait être la règle absolue se dilue dans un « on, un tout quiconque » dont nul ne connaît les limites et qui rend tout arbitrage entre création et destruction impossible. La pollution généralisée en est une preuve indiscutable, mais aussi la prolifération des guerres et des dictateurs, la fin des démocraties. La parole donnée n’a plus de valeur. Elle construisait pourtant une vérité issue de l’intégrité du sujet parlant. Aujourd’hui les gouvernements du mensonge sont la norme car la parole n’a plus de valeur donc plus de sens réel. Le mensonge n’est qu’une polysémie supplémentaire.

La magie noire jetait des sorts, de mauvais sorts. Le sort fonctionne dans la mesure où la conscience de celui qui le reçoit est poreuse, c’est-à-dire qu’elle ne connaît pas ses limites.

Le sort peut la pénétrer car elle n’a pas vraiment d’autre, tout est un peu elle-même. Elle n’a pas non plus de limite vers soi donc, tout ce qui la pollue pollue aussi le corps. Quand la conscience et le corps sont touchés, l’autre maléfique est entré dans le sanctuaire du « je » et le sort devient efficace. L’âme n’a d’autre choix que de se retirer.

La pratique nous permet de prendre conscience de nos limites. Les gestes que nous réussissons nous donnent accès à nous-mêmes et à autrui sans risque de confusion.

Le geste construit par l’aiki établit des limites ; il balise l’espace et le temps et marque la démarcation entre le réel et le fantasmé. Le geste que nous échouons est tout aussi utile. Il assigne nos consciences à des limites qui lui servent de repères provisoires, c’est-à-dire en attendant qu’elle soit capable de se les donner elle-même.

Ainsi, la pratique est source de progrès intérieur et le développement technique, l’augmentation de la puissance du vouloir, la construction d’une éthique solide permettant de s’harmoniser avec autrui sans risque de confusion, tout cela est le résultat de ce progrès.

Vos sabres couperont les mauvais sorts, ils couperont la voie aux maux de toutes origines, ils protégeront efficacement vos corps et vos consciences. Quelles que soient les conditions matérielles, pratiquez pour laisser grandir le sujet en vous, pour qu’il dise « je » clairement, sans orgueil, sans peur, sans doute. Souvenez-vous : Ni domination, ni soumission, ni compromis, autrement dit : l’autre n’est pas moi, je ne suis pas l’autre, nous sommes et restons distincts.

Alors peut naître la juste distance, celle qui engendre la considération pour l’autre et qui s’exprime par le respect qui est la fondation de toutes les valeurs.

Kobayashi sensei m’a répété constamment : « Ne vous résignez jamais ! ». Bien sûr ! Se résigner, c’est abandonner la place à un adversaire dont on ne sait rien. Si on le connaissait, on saurait le combattre.

Le covid est un adversaire inconnu. Il s’est allié à la folie médiatique et à l’impuissance politique, devenant ainsi un ennemi redoutable pour nos consciences. Ne laissez rien de tout cela entrer dans vos consciences et rien n’atteindra votre corps. Rappelez-vous.

Le sabre de l’adversaire tombe sur moi. Je ne défends pas, je ne fuis pas, je ne réagis pas, je frappe librement son centre. Ainsi, rien de son attaque ne pénètre ma conscience et mon corps n’est pas mis en danger. Kobayashi sensei : « Ne relayez pas la force de l’attaque en vous ».

C’est l’automne. Il est temps de renouveler vos adhésions à la Dai Nippon Butoku Kai. Membres de cette organisation, nous raffermissons notre présence au Japon constamment et y faisons briller l’aikido du Kobayashi Ryu. Si vous n’avez jamais adhéré, vous pouvez le faire, quel que soit votre grade. Ne tardez pas à vous inscrire pour ne pas compliquer le travail de l’équipe qui s’en occupe.

Et faites passer le mot : votre pratique fait de votre corps l’ami le plus fidèle de votre conscience et inversement ; votre corps est votre bouclier éthique contre les maux de toutes sortes et votre sabre tranche les jeteurs de sorts, les malédicteurs de tout bord.

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