Présentation de L’Harmonie efficace – Stratégie et tactique de l’esprit, André Cognard

L’Harmonie efficace
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L’Harmonie efficace vient de paraître aux éditions Centon. Dans cet ouvrage, Cognard Hanshi présente l’aikido comme un triptyque (aikitaijutsu, aikijo et aikiken) qu’il convient de déplier au service de la paix. Il en présente la stratégie et son application dans toute relation conflictuelle. Il en explique également la didactique, afin de donner au corps un langage technique suffisant pour s’interdire de laisser les réflexes répondre à la violence.

Dès les premières pages, l’histoire de notre pratique est rappelée : le « langage à résonance religieuse nette” d’O Sensei, transposé dans un langage technique par Kobayashi sensei, est développé par l’auteur qui entend « faire parler la voix du corps ». Le corps, selon O Sensei, est issu de l’activité de l’âme. Il se trouve dans la situation paradoxale d’être à la fois un rempart d’accès à la spiritualité et le moyen d’y parvenir. Pour dépasser cette opposition, l’auteur présente ce qu’il appelle « la grande stratégie » : déclencher l’attaque et la conduire jusqu’à son terme. Pour cela, il démontre comment prendre la maîtrise de l’espace et comment avoir celle du temps. Il ne suffit pas de prendre l’initiative, il convient également de ne jamais réagir, de ne jamais défendre. Enfin, ne pas regarder l’attaque. Pour illustrer ses propos, l’auteur parle de son expérience d’élève et raconte comment Kobayashi sensei insistait sur la question du temps et de la vitesse, comment il aidait ses élèves à « franchir l’obstacle mental que met en place la réactivité instinctive qui incite toujours à répliquer ».

Se pose ensuite la question de savoir comment capturer l’esprit de l’opposant. Une qualité essentielle est énoncée, celle d’être imprévisible afin de ne donner aucune information à son adversaire ou bien au contraire à l’en saturer. Sont rappelés également l’importance de ne pas créer de division avec son agresseur, afin de faire que le conflit soit source de création, et le souci constant de ne pas s’opposer, afin de pouvoir élaborer ce que l’auteur appelle une « conscience aiki » à partir de trois mémoires (génétique, épiphylogénétique et somatique).

À partir de ce constat, les différentes étapes qui doivent amener le budoka à la paix intérieure sont étudiées. Des exercices spécifiques sont présentés pour l’aider à contrer ses réflexes, pour renforcer son mental, pour vaincre ses peurs, pour développer sa volonté et sa résistance psychique au sein d’un cadre éthique qui lui permette d’élaborer une pensée personnelle originale et d’éviter la répétition de quelque pensée toute faite.

L’Harmonie efficace est un aussi ouvrage de pédagogie. Est expliquée la place dédiée aux kihon okuden dans l’enseignement et les moyens à mettre en place pour se lier indéfectiblement à l’adversaire : les différents ki no musubi, la place de l’émotion et son rôle dans le processus de sidération ainsi que les techniques pour faire passer un message de bienveillance.

L’importance de l’authenticité de l’attaque est rappelée et c’est tout le parcours éducatif qui est présenté dans ses grandes lignes : le shoden, qui s’intéresse plus particulièrement aux résistances mentales de shite, le shuden, aux barrières émotionnelles, et l’okuden, à l’instruction du corps et à l’acquisition d’un langage technique qui se substitue aux réflexes. C’est ce parcours qui permettra à l’élève de découvrir et de dépasser ses limites.

L’étude du shoden a pour objet la compréhension de la structure de l’espace-temps. Les élèves sont invités à ne tenir compte que de la réalité des actes : « sortir de l’ombre de l’histoire pour vivre dans la lumière de la réalité. ». Le shuden est présenté ensuite comme un immense laboratoire de recherche portant autant sur la technique que la tactique. On lira avec beaucoup d’intérêt les consignes données aux élèves permettant la réalisation de ces techniques, qui semblent, de prime abord, impossibles à réaliser. Cette étape du shuden permet de libérer les élèves de la réaction fondamentale qui consiste à s’opposer et ouvre sur la troisième partie du cursus, l’okuden, présenté comme un combat intérieur dépassant le cadre du combat entre guerriers humains.

C’est donc à un parcours du début du shoden jusqu’à la fin de okuden qu’est invité le lecteur. Les perspectives (déjà immenses) de travail ne s’arrêtent pas là puisque c’est par la présentation d’obake kiri, de mesaki et de magokoro que l’auteur propose de conclure le parcours didactique. Là encore, des remarques autobiographiques de l’auteur nous permettent de comprendre en quoi ces enseignements s’inscrivent dans la tradition de l’aikido. Des perspectives encore plus riches sont ouvertes avec l’évocation du travail à deux sabres.

L’Harmonie efficace est un livre passionnant, auquel ses lecteurs reviendront souvent. Sa plus grande qualité est peut-être de nous donner l’envie de retourner au dojo et de nous mettre au travail car, comme l’écrit Cognard Hanshi, « Ce sont nos actes qui font notre vie, ce sont nos actes qui font nos karmas, ce sont nos actes qui constituent en s’ajoutant les uns aux autres l’édifice de notre destin. »

Philippe Meunier.

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