Lettre novembre 2021

L’automne est arrivé avec ses merveilleuses couleurs. Nous sommes chanceux de vivre dans un monde où la diversité s’exprime par le renouveau incessant de la nature. Notre dojo vit au rythme des saisons. Sa beauté, sa force, sa sérénité semblent éternelles car elles renaissent constamment.

L’action de la nature et celle des hommes se renforcent l’une l’autre pour créer ensemble une harmonie qui ne serait pas possible séparément. La nature exprime toute la puissance de l’univers et l’humain, sa capacité à la guider en se modérant lui-même.

Le budo nous enseigne que nous ne devons pas stagner : « qui n’avance pas recule !».

Il nous enseigne aussi qu’il « faut nourrir la racine » et « faire passer l’autre avant soi ».

La racine, c’est Kobayashi Sensei et l’autre, ce sont ceux que nous ne connaissons pas encore, les élèves des élèves des élèves de vos élèves que vous n’avez pas encore rencontrés.

Nous devons travailler pour eux, pour pérenniser notre école et avec elle, les valeurs qui la définissent : respect, harmonie, courage, loyauté, sincérité, équanimité, rectitude, compassion. Notre espoir que cela aide tous ceux qui s’approcheront du Kobayashi Ryu est grand.

Je sais que vous pratiquez ou enseignez avec force, de tout votre cœur, en donnant avec votre corps et en y mettant votre âme, comme le préconisait Kobayashi Sensei : « Tamashi irenai to dame desu ».

Vous avez cette année démontré votre engagement en venant braver le froid, les éléments, dans des conditions de transport parfois éprouvantes. J’ai moi-même reçu cette énergie que vous donniez et j’ai été conforté par votre inestimable sincérité. J’ai eu le sentiment que notre école, Kobayashi Ryu Aikido, avait grandi et s’était solidifiée.

C’est une histoire qui a commencé pour moi dans l’adolescence et qui a pris un tournant vertigineux quand j’ai rencontré Kobayashi Sensei. Sa force intérieure était telle que j’ai pu accéder à travers son esprit à la dimension spirituelle qui anime toute vie.

Je ressens encore chaque jour cette puissance qui m’a porté, m’a mis sur ce chemin jalonné par la création de l’Académie Autonome d’Aikido Kobayashi Hirokazu (3AKH) puis de l’Académie Internationale de Recherche sur l’Aikido Kobayashi Hirokazu (KAKKHR) et enfin du Hombu Dojo.

Aujourd’hui, alors que 3AKH aura 40 ans en 2022, KAKKHR 25 ans (la création a été officialisée en 1998 mais les travaux d’élaboration des statuts, des règles, de l’étiquette ont commencé réellement en 1997 sous la direction de Kobayashi Soshu), le Hombu Dojo 20 ans (L’ouverture a eu lieu en 2003 mais le début des travaux en 2002), il est temps d’appliquer la règle « qui n’avance pas recule » et de marquer cette année au sceau du symbole. Il est temps d’appliquer la règle « il faut nourrir la racine ».

Il est temps aussi d’appliquer la règle « faire passer l’autre avant soi ».

Nous allons édifier le Kobayashi Hirokazu Aikijinja. Ainsi, nous avancerons en faisant exister dans la réalité le symbole qui rassemble toutes les valeurs qui définissent notre école. Nous nourrirons la racine en le dédiant à Kobayashi Soshu, notre fondateur. Nous ferons passer l’autre avant nous-mêmes en l’adressant aux générations futures, à ceux que nous ne rencontrerons pas en chair et en os mais d’âme à âme.

Pensez quelle sera leur surprise quand ils verront ce que nous avons fait ! Ils seront forcés de se demander quelle force, quelle puissance intérieure nous a guidés, et ils auront face à eux l’évidence de la réponse : « c’est l’esprit de Kobayashi Soshu ». C’est ainsi que nous les mettrons en contact avec l’âme de celui-ci.

Les symboles sont les liens qui font vibrer ensemble la profondeur de l’esprit, la profondeur universelle avec la réalité « ici et maintenant ».

Il m’appartient et il nous appartient de faire émerger dans la réalité ce qui est la source de KRA pour le donner à tous ceux qui, tâtonnant à la recherche de leur esprit comme nous l’avons fait, viendrons suivre l’enseignement des descendants des professeurs que vous aurez formés.

La langue est révélatrice des liens qui unissent ceux qui l’emploient. Parlons japonais : Deshi, le disciple, mago le petit-fils, et l’on dit magodeshi, himago l’arrière-petit-fils et l’on dit himagodeshi. La filiation est le cœur de notre pratique. L’enseignement suit une chaîne générationnelle et aujourd’hui, il est temps de parler à tous ceux qui nous succèderons dans un avenir sans limite. Parce que nous avons un message à leur transmettre, parce que nous le leur adressons dès à présent, ils viendront à la voie.

Le Hombu dojo est la maison de tous les pratiquants de Kobayashi Ryu Aikido. Il me semble normal que tous puissent s’investir et mettre une part d’eux-mêmes dans la réalisation de cet Aikijinja. Ce n’est pas un édifice religieux, ce n’est pas un temple. C’est l’expression matérialisée de l’éthique qui nous guide au quotidien. Souvenez-vous de cet apophtegme : « L’éthique, c’est ce qui reste quand on a supprimé le religieux ». Et comment pourrions-nous parler de valeurs sans dire et faire vivre l’éthique ?

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que cette construction a un coût.

Vous avez reçu un courrier du président de KAKKHR vous présentant le projet et faisant appel à votre générosité. Je vous prie de le lire attentivement.

J’ajoute ma voix à cet appel. Nous voulons que ce projet soit abouti pour l’été 2022, cette année-ci ayant la résonnance symbolique que j’ai explicitée ci-dessus. Il nous faut agir vite et je vous demande donc de faire parvenir vos dons dès que possible. Je vous remercie pour votre diligence. (le courrier d’Andrea Debiasi contient toutes les informations pratiques pour cela.)

Certains parmi vous recevront cette lettre alors qu’ils ont déjà fait un don. J’en profite donc pour les remercier sincèrement au nom du Kobayashi Ryu et en mon nom propre.

Pour illustrer mon propos en ce qui concerne la puissance du symbole, j’ajoute ceci :

Regardez bien la photo ci-dessous : chez toutes les personnes qui les ont découverts, lors d’une visite récente au dojo, ces Jizo ont provoqués le sourire, la joie et l’attendrissement. Ils ont réjoui, non seulement nos visiteurs mais aussi ceux qui les ont installés. Nous sommes en droit de nous demander pourquoi de petits objets un peu naïfs créent en nous de tels sentiments. C’est exactement cela le symbole, un objet qui nous restitue notre unité par l’émotion. L’aikijinja surprendra tous ceux qui se présenteront devant lui en leur révélant le lien qui unit toutes les profondeurs de leur être, en leur faisant éprouver leur présence au monde, en leur donnant accès à l’intimité de l’esprit.

Cognard Hanshi

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