Eléments marqués ‘Cognard Hanshi’

Voeux 2016 de Cognard Hanshi aux adhérents 3AKH

Ecrit par Aikido.FR le janvier 13th, 2016, dans Textes

Chers professeurs, chers élèves,

L’année 2015 fut riche de rencontres, d’événements dans le monde du budo, et malheureusement endeuillée par les récents attentats. Elle avait commencé comme elle a fini, dans le sang et la peur.

Le principe de la terreur est de donner la gouvernance à la peur. Un désir de violence peut se développer en chacun de nous, particulièrement quand nous ressentons une menace contre nos liens pourvoyeurs d’identité, un risque de déstructuration de cette dernière.

Il est évident que l’horreur de tels actes déclenche une émotion et un désir de réplique. C’est le niveau des émotions et celles-ci, bien qu’impuissantes à changer l’irrémédiable, sont légitimes. La question, tout au moins pour nous budoka, pourrait être : faut-il laisser nos émotions gouverner nos actions ?

Nous savons de par l’expérience des armes que cela conduit irrémédiablement à la défaite. Mais devant la violence, nous ne pouvons pas non plus rester passifs. Alors quel est le combat à mener ?

Il existe en nous une profondeur inviolable, incoercible, absolument inaccessible à autrui, un lieu du je qui n’est qu’à lui et où personne ne peut aller à moins d’y être introduit par le sujet lui-même. C’est là que se prennent les décisions concernant la vie et la mort, c’est là que se dit le langage de l’univers, que s’écrit le symbole fondateur des cultures. C’est le siège de l’esprit un, unique, indivisible. C’est indubitablement la vraie cible de la terreur. Mais celle-ci ne peut être atteinte qu’avec l’aide du sujet lui-même. Il est le seul à pouvoir toucher cette profondeur de soi-même.

Ne relayez pas la peur à l’intérieur de vous. Ne la laissez pas prendre le pouvoir sur vos actes.

Quand elle gouverne nos émotions, elle ne nous propose rien si ce n’est le choix entre la colère et la dépression.

Quand elle gouverne notre corps, elle ne propose que le choix entre l’agression et la fuite.

Mais quand on l’introduit dans la profondeur de notre âme, elle ne propose que tuer pour survivre ou mourir.

Notre combat est là, budoka ne donnons pas le pouvoir à nos émotions, cantonnons les à la profondeur qui est la leur. Interdisons nous de les laisser gouverner notre corps.

Nous sommes budoka, et nous ne permettons pas que notre corps et ses réflexes archaïques prennent le pouvoir sur nos gestes. Nous maintenons notre équilibre en ne laissant pas notre corps aux prises avec les désirs d’action violente des mémoires collectives dont il est issu.

C’est aussi ce que nous devons accomplir et n’introduisant pas dans nos âme le poison de la peur.

C’est la combinaison entre la discipline qu’il applique au niveau de sa pensée, l’étiquette avec laquelle il discipline ses émotions et le rituel avec lequel il pose les frontières de son corps que le budoka peut résister à la tentation de la violence.

Forgeant une éthique forte par l’exercice constant de la conscience, dans et hors du dojo, nous ne serons pas les alliés involontportrait_A.C.4-copie-680x1024aires des terroristes. Nous ne les aiderons pas dans leur stratégie macabre.

La peur gèle l’âme comme l’hiver gèle la terre. La terreur n’empêchera pas le retour du printemps si nous nous réchauffons les uns les autres en exprimant notre bienveillance. C’est pourquoi les vœux de début d’année ne sont pas une simple habitude culturelle. C’est un vrai rituel qui consiste à prononcer les mots qui disent l’empathie, la sympathie, l’amitié, l’amour pour que tout cela soit symbolisé, c’est à dire prenne chair en devenant la sève de toute pensée.

Alors, je vous invite à vous tenir éternellement dans l’esprit de shoshin pour vivre toujours et simultanément dans le souvenir, la perspective, le désir et l’intensité de l’imminent retour du printemps.

Meilleurs vœux.