Hommage à Tamura Shihan

Ecrit par Aikido.FR le 3 décembre 2010, dans Evènement

Nous sommes, mes élèves et moi-même, très honorés de pouvoir rendre hommage ce soir au regretté Tamura Shihan.
Je le dis avec beaucoup d’émotions : je ressens sa disparition comme une grande perte  pour  l’aikidoka mais aussi pour l’homme que je suis. Je fus le disciple de Kobayashi Hirokazu Sensei et j’ai eu de nombreuses fois la chance d’entendre tout le bien qu’il pensait de Tamura Sensei et les sentiments d’amitié qu’il éprouvait pour lui. C’est pourquoi je suis sûr que mon Maitre approuverait ma présence ici, avec vous tous, ce soir.
L’enseignement de Kobayashi Sensei était complètement inspiré par ce qu’il avait reçu d’O Sensei Ueshiba Morihei, mais on s’entend pour dire que son style était particulier. J’ai choisi de ne montrer que des techniques spécifiques de son enseignement. Je prie les pratiquants qui suivent une méthode plus classique de m’en excuser.  Je veux saisir cette opportunité pour transmettre quelques phrases qui furent des leitmotive de son enseignement.
Ayant longtemps été son interprète, je continuerai cette tâche en essayant de traduire sa pensée en mot et en action. Chaque phrase sera suivie d’un texte que j’ai écrit modestement pour illustrer tout autant l’idée du maitre que la démonstration que nous ferons alors. Je vous remercie de votre bienveillante attention.

André Cognard

Tamura Shihan & Kobayashi Shihan

Suwari waza :  Shite David Péaud Uke Benoit Jolly
Le propos du Maître Kobayashi
Nous les hommes sommes tous pareils et pourtant chacun a un visage différent. C’est pourquoi nous sommes et devons rester libres.
André Cognard : Vous, mes autres, vous et moi, nous sommes parce que nous appartenons. Nous appartenons à la terre mais ce souffle qui nous a extraits de la glaise nous adresse au ciel. Unissons en nous le ciel et la terre et respirons l’air des uns dans la bouche des autres.
Ai union des souffles sans laquelle nul ne pourrait pas même dire je. Ce je est la manière que chacun a de se dresser pour dire la liberté naturelle de l’esprit.
Hanmi hantachi waza :  Shite David Péaud Uke Franck Palazzollo
Propos du  Maître Kobayashi
Notre vie est faite à quatre vingt dix pour cent de ce qui nous arrive. En hanmi hantachi, il faut pratiquer la politique du roi. Tout vient à lui.
André Cognard : Je te remercie de venir à moi, toi mon adversaire. Tu fais partie de ce monde où tout nous est donné. Bonheur, malheur, grandeur et bassesse, gloire et humiliation, tout cela est notre vie qui vient à nous. Mais, joies et peines, attentes vaines et désirs comblés, tout est entre nous, rien n’est en nous. Viens dans cet espace que l’on dit mien et qui ne pourrait le rester qu’au prix de ma mort.

Tachi waza : Shite André Cognard, Uke Guillaume Ange, Floran Balacheff, Benoit Jolly, David Péaud.
Propos du Maître Kobayashi :
Inutile de projeter qui que ce soit vers la terre. Tous y retournent naturellement. Il faut projeter vers le haut car notre rôle à tous est d’élever l’autre.
André Cognard : Toi, mon adversaire, lutte contre moi pour que nous grandissions ensemble. Sois cet opposant valeureux sans lequel toute lutte est vaine. Montre moi ma faiblesse, critique moi, attaque moi, fais de moi cette cible qui viendra se placer sur la trajectoire de la flèche, unissant ainsi l’origine et le destin. Montre moi par tes attaques ce que je ne suis encore pas, non pas ce dont je ne suis pas capable, mais l’inaccompli en moi. Édifie-moi comme je te construis.

Kaeshi waza : Shite André Cognard, Uke dans l’ordre David Péaud, Guillaume Ange, Florent Balacheff, Franck Palazzollo.
Propos du Maître Kobayashi :
Quand l’attaquant touche le corps de  l’attaqué, son cœur change instantanément. C’est cela l’aikido.
André Cognard : Le conflit est créateur. Le conflit réunit ce qui ne pourrait l’être. Il nous met en demeure de créer ensemble ce que nous ne pourrions faire séparément. La violence rétablit les liens que nous avons perdus. Elle est la mémoire primitive du monde. Nos ennemis sont les réparateurs de nos âmes. Ils en prennent soin pour nous. L’autre est aussi indispensable à notre esprit que l’oxygène à notre corps. Je ne veux pas imaginer un monde où il n’y aurait que moi, ou du même que moi. Je préfère sentir planer l’ombre de mes ennemis car ils rompent ma solitude.

Aikijo : David Péaud, Franck Palazzollo, Jo contre ken Franck Palazzollo, Guillaume Ange, Jo contre deux attaquants Shite Guillaume Ange, Seme Benoit Jolly, Florent balacheff
Propos du Maître Kobayashi :
A quoi sert de s’agiter, vous n’avez jamais été aussi proches de votre mort.
André Cognard : Et si je devais mourir sous tes coups, je ne pourrais alors, absent à moi-même constater mon changement d’état. C’est toi qui, solidaire au-delà de ma mort, devrait le faire pour moi : constat de ta victoire qui sans ma défaite ne serait pas. Et si victorieux, tu avais l’imprudence de te glorifier, tu devrais faire alors l’éloge de ton adversité.

Aikiken : Kihon shomen tsuki Yokomen Shite André cognard seme Franck Palazzollo. Deux attaquants seme Guillaume Ange, Franck Palazzollo. Quatre attaquants simultanés Guillaume Ange, Franck Palazzollo, Florent Balacheff, David Péaud.
Propos du Maitre Kobayashi :
L’aikido doit apporter la paix dans le monde. En aikiken, il y a ume no tachi, take no tachi matsu no tachi. Shochikubai, prunier, bambou et pin, seulement du bois. C’est un symbole de grande félicité. C’est pourquoi on utilise le ken comme un boken et non pas comme un katana. Avec l’aikiken, on ne peut couper que son propre ego. L’aikido, c’est la voie qui mène à l’oubli de soi. Remerciez de tout ce qui vous arrive et quand votre conscience sera pleine de gratitude, dites Yoku naru pour étendre ce bien à tous les vivants.
André Cognard : On ne peut pas haïr ce que l’on connaît vraiment. La haine n’est que la projection sur l’autre de l’inconnu en soi.  

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