Discours lors de Hanami 2018

Ecrit par Aikido.FR le 16 mai 2018, dans Textes

Monsieur Le Consul du Japon,
Monsieur le Président de Clermont Auvergne Métropole, Maire de Clermont Ferrand,
Madame la représentante du Conseil Départemental du Puy de Dôme,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,

Nous sommes ici dans le Sakura Parc, Parc de la Paix créé à l’occasion de la rencontre mondiale d’experts d’arts martiaux traditionnels qui eut lieu en août 2017 à Clermont Ferrand. Il a été édifié, grâce à l’aide de la municipalité pour transmettre aux générations futures un message : « Nous avons pensé à vous et cela a nourri nos âmes.
Nous n’oublierons pas et n’oubliez pas combien la paix est préférable. »

Comme vous pouvez le constater, les fleurs de cerisiers n’attendent pas les hommes. Elles sont éphémères et leur beauté superbe durent beaucoup plus longtemps dans notre souvenir que les quelques jours que la nature autorise. C’est pourquoi il nous appartient de les faire refleurir à présent pour dire quel avenir nous voulons pour nos enfants.

C’est la force de son esprit qui fait le budoka, c’est sa vigilance qui fait le samurai, c’est son authenticité qui fait l’être.

La vertu s’épanouit dans nos conscience, il nous appartient de l’y faire fleurir car elle ne peut fleurir en nul autre lieu. Elle est nourrie par le courage et c’est dans l’humilité que se puise le courage. L’humilité est mère de la sincérité et la sincérité fait l’homme. La sincérité est le seul remède au doute. C’est l’antidote de la lâcheté, c’est l’essence même de l’intégrité. Courage, respect, sincérité, ce sont autant de fleurs que nous pouvons mener à leur apogée. Alors que l’on ne peut tirer sur la tige pour faire grandir la fleur, alors que l’on ne peut écarter les pétales pour faire resplendir la corolle, l’on peut et l’on doit faire grandir en nous l’harmonie, le désir de paix, la compassion. Il nous faut faire du respect de tout être, de toute vie un devoir, et parce que le sens du devoir est la vertu cardinale, nous finirons par en être capable.

Les tambours sont là.
Les tambours ont toujours accompagné les guerriers au combat. Ils sont présent dans les temples et dans les dojo. Ils signalent l’imminence du tragique et aident les hommes à marcher vers leur destinée. Mais ils ne sont pas pour autant synonymes de meurtrissure, de chairs broyées, de mort.

Les tambours accompagnent aussi les guerriers pacifiques, ceux qui ont fait fleurir en eux le respect, le courage, l’humilité, la sincérité, et qui luttent pour faire entendre aux autres combien la paix est préférable à tout, ceux qui s’assurent de leur victoire en faisant prévaloir en eux-mêmes l’harmonie et la sérénité.
Comme la fleur de cerisier nous émerveille, le formidable orchestre de Taiko, Kyo Shin Do est là pour faire grandir la joie, l’enthousiasme et nous emporter. La joie balaye toute étroitesse d’esprit, toute petitesse. La joie est le parfum d’une âme épanouie. Elle a l’odeur du bonheur imminent.
Le fondateur de l’aikido, Ueshiba Morihei disait : « La plus grande force du budo, c’est l’amour ».
Faire croître en soi un amour inconditionné pour autrui, c’est cultiver la vertu nécessaire pour que la lumière éloigne les ténèbres. Vous tous, chacun d’entre nous, nous n’avons jamais été aussi proches de notre mort. N’est-il pas temps d’être nous-mêmes ces fleurs porteuses de la lumière qui sied à tout ce qui est éphémère ? Utopie disent certains ? Non idéal ! C’est avec la puissance de nos engagements intérieurs que l’on change le monde. La fleur du cerisier de Yoshino, par son éclat, par sa beauté si éphémère nous interpelle. Elle nous dit qu’il est temps de suivre le tambour de paix, de nous mettre en marche et de refuser la fatalité de la guerre et de sa cohorte de souffrances. Le premier pas se fait dans nos pensées.

Je vous propose de méditer sur les proverbes suivant :

  • France : « Les cordeliers sont pour prier et les soldats pour piller »
  • Italie : « un soldat qui s’enfuit du combat est un soldat qui peut resservir »
  • Chine : « un clou ne se fait qu’avec du fer de rebut, un soldat ne se fait qu’avec un homme de rebut »
  • Japon : « la fleur par excellence, c’est la fleur de cerisier, l’homme par excellence le bushi »

Je répète :

  • France : « Les cordeliers, entendez le clergé, sont pour prier et les soldats pour piller »
  • Italie : « un soldat qui s’enfuit du combat est un soldat qui peut resservir »
  • Chine : « un clou ne se fait qu’avec du fer de rebut, un soldat ne se fait qu’avec un homme de rebut »
  • Japon : « la fleur par excellence, c’est la fleur de cerisier, l’homme par excellence le bushi, entendez le guerrier»

Avec ces proverbes, je veux vous faire part de ce qui fonde une véritable dialectique des budo.
La guerre, la violence n’est pas une fatalité. La paix n’est pas une évidence. Elle implique un travail constant pour maintenir en nous et entre nous l’équilibre.
Ainsi, je dis donc que la violence prévaut actuellement dans le monde parce que nous manquons de guerriers.

Je vous remercie.

André Cognard