Discours : dîner de gala du FBS par Cognard Hanshi

Ecrit par Aikido.FR le 17 août 2017, dans Evènement, Textes

Je veux tout d’abord m’adresser à Messieurs et Mesdames du Hombu pour les remercier
d’être venus jusqu’à Clermont-Ferrand apporter leurs savoirs, leurs compétences, et de conférer
par leur présence hauteur et prestige à cet événement. Je les remercie très sincèrement. Je pense
aussi à Kuwahara Hanshi qui n’a pu se joindre à nous, mais qui est bien présent dans nos cœurs.

Mes remerciements iront ensuite aux élus de la Ville de Clermont-Ferrand, de la commu-
nauté de communes Clermont Auvergne Métropole, de la région Auvergne-Rhône-Alpes, du
conseil départemental du Puy-de-Dôme et du conseil départemental de la Loire.

J’ai une pensée toute particulière pour monsieur Olivier Bianchi dont l’écoute, l’enthousi-
asme et la détermination sont exemplaires. Ces qualités me font dire que les Clermontois peuvent
s’enorgueillir de l’avoir choisi pour présider aux destinées de leur ville et de la communauté de
communes. Au nom du France Shibu de la Dai Nippon Butokukai, je les remercie tous sincèrement
et remercie leurs représentants présents.

Mes pensées vont à présent vers Hamada Hanshi, sans qui rien de tout cela n’aurait
existé. Je veux lui exprimer ma reconnaissance et vous prie de vous joindre à moi pour
faire de même.
(Solliciter des applaudissements.)
Sa force, sa détermination, sa capacité de travail, tout est exemple pour nous tous,
membres de la Dai Nippon Butokukai et grâce à lui, ce France Butoku Sai restera dans les mé-
moires et fera date dans notre histoire.

Je veux remercier Madame Usako Kuwata, fille de Kobayashi Hirokazu, mon maître,
pour sa présence, sa spontanéité et sa constante gentillesse. Usako san, vous êtes venuespécialement d’Osaka pour partager ce moment avec nous. Nous en sommes très touchés. Merci
beaucoup.

Je veux remercier les personnes qui ont accompagné les maitres du Hombu et dire com-
bien leur présence nous fut précieuse. Nous ne dirons jamais assez à quel point le fait d’être en-
tourés par l’affection et la bienveillance de nos proches nous aide à nous consacrer à notre tâche.
Merci beaucoup.

Je veux remercier tout particulièrement madame Hamada dont la discrétion ne cède en
rien à l’efficacité et qui a été l’une des chevilles ouvrières de cette manifestation. Merci beaucoup.

Je veux remercier Baylor Kyoshi pour ses efforts constants, son âpreté et son endurance
au travail.
L’énormité de la tâche qu’elle accomplit nous sidère. Baylor Shihan,Thank you very much
Avec elle, je veux remercier les disciples du Bushinkan pour leur aide dynamique, solide et
leur constante bonne humeur.

Je veux remercier aussi toutes les personnes qui nous ont aidés, celles qui ont œuvré dans
l’ombre, les familles d’accueil, les hommes et les femmes qui ont encadré les groupes d’enfants et
de jeunes, pour certains jour et nuit.
Je tiens aussi à m’adresser au personnel de la Ville de Clermont-Ferrand, aux équipes mu-
nicipales, au personnel de l’Artenium, au personnel de GL Events auprès de qui nous avons trou-
vé compétence, engagement et amabilité sans faille. Vraiment merci. Merci beaucoup.

Je veux aussi dire un merci à quatre personnes qui ont assumé une masse de travail pour-
tant incommensurable  : Kyoshi Claude Viennois, Renshi Caddedu Giuseppe, Joanna Klinska et
mon épouse, Anne Cognard. Ne pouvant les citer tous, j’associe à ces quatre piliers tous les
élèves du Kobayashi Ryu et du Ki Shin kai. Merci infiniment.
Je salue avec admiration et affection les jeunes, enfants et adolescents, pour leur
travail et leur tenue remarquables. Leur force me réconforte et me permet d’envisager
l’avenir avec sérénité. Je leur dis bravo et leur souhaite courage et bonne chance.

Enfin, c’est vous tous, réunis ici, que je souhaite remercier pour avoir fait le voyage, pour
vos démonstrations, pour votre enseignement, pour votre écoute et votre patience. Votre présence
était l’essence même de cette rencontre, et l’absence d’un seul d’entre vous nous aurait fait
éprouver à tous le sentiment cruel d’un manque.

Nous nous sommes rassemblés au Sakura Parc devant le monument de pierre de la DNBK
pour exprimer, par notre présence et par nos actes, notre désir et nos espoirs de paix. Nous y
avons uni nos consciences.
Nous nous sommes réunis à l’Arténium et avons pratiqué et appris ensemble sous la
conduite des maîtres du Hombu et de la division internationale. Nous y avons mêlé nos sueurs et
nos souffles.
Nous nous sommes retrouvés pour partager nos pratiques et nos aspirations, mettant en
jeu dans nos démonstrations nos corps et nos âmes.

Nous nous sommes recueillis pour écouter ce concert, cette artiste, ces œuvres, et en-
tendre l’émoi que cela provoquait en nous, mais surtout l’émoi que cela provoquait entre nous.

Tout ceci fut nécessaire pour donner à ce Butoku Sai la dimension qui lui permettra d’être
inscrit dans la longue tradition créée par nos illustres prédécesseurs.
Il ne nous reste plus qu’à nous asseoir pour cet autre partage dans ce lieu sacré qu’est la
table. Bien que nous soyons sur la terre de Gaule, il ne s’agit pas seulement du banquet final
d’Astérix.

À quelques pas d’ici, nous nous sommes recueillis à l’occasion de l’inauguration du Sakura
Parc pour appeler de nos vœux la paix dans le monde. En quoi cette soirée peut-elle s’inscrire
dans la suite de cette démarche et de notre travail de budoka ?
Je ne vais pas vous parler du fait que la gastronomie soit un des points clefs pour com-
prendre la culture française, bien que le repas soit assuré par un chef étoilé Michelin.
Je veux attirer votre attention sur ceci :

Ni le commensalisme, ni la commensalité ne vont de soi en ce qui concerne l’espèce hu-
maine. Nous sommes dans un monde où prime l’économie au détriment de l’éthique. C’est un sys-
tème extrêmement primaire qui projette les individus dans une guerre quotidienne. La nécessité de
manger fait que nous sommes constamment menacés de disparition, pas seulement par ceux qui
veulent nous manger – les guerres ont toutes des motivations économiques —, mais par nos
doutes sur notre capacité à trouver de la nourriture. De cette quête incessante de nourriture,
qu’elle soit réelle ou imaginaire, consciente ou inconsciente, naît le doute quant à soi et
une perpétuelle quête identitaire. C’est dans ce doute que s’enracine la violence, et celle-ci
n’est-elle pas notre principale préoccupation de budoka  ? C’est en multipliant les échanges
entre les individus que les peuples finiront par s’aimer et s’entraider plutôt que de se combattre.
C’est en créant par le partage des mots, des émotions, des sentiments, des gestes, c’est-à-dire en
créant un corps commun que nous parviendrons à répandre la paix. Un partage qui implique les
mots, les émotions, les gestes, les sentiments ? Ne serait-ce pas là l’exacte description de l’hospi-
talité à table ?

« You are what you eat »; cette phrase fameuse de monsieur Brillat-Savarin a été reprise
très souvent et attribuée à tant de personnalités éminentes. Pourquoi l’a-t-elle été ? Parce qu’elle
énonce une vérité : les cellules de notre corps se renouvellent constamment, et elles utilisent pour
cela la nourriture que nous absorbons. Le corps est le lieu du ressenti duquel nait le sentiment. Il
est donc indispensable de ne jamais manger seulement pour se nourrir, pour répondre au besoin
fondamental que notre condition d’être biologique nous impose. Il est tout aussi indispensable de
choisir avec attention ce que nous mangeons car ce choix exprime une volonté éthique : je ne me
nourris pas de n’importe quoi parce que j’ai le projet de devenir un être conscient.
À ce stade de ma réflexion, permettez-moi cette autre citation : « La destinée des nations
dépend de la manière dont elles se nourrissent ».

En mangeant ensemble, nous exprimerons le désir de créer en chacun de nous un
espace dédié au partage émotionnel, une partie de nous offerte à un corps commun, fon-
dement d’une empathie suffisante pour faire émerger le sentiment de solidarité, pas une so-
lidarité dogmatique, mais celle qui naît de l’apaisement de la quête identitaire. Et cet apaisement
est possible quand autrui n’est plus un rival, une menace, mais l’incarnation de l’altérité en par-
tage.
En plus du plaisir gustatif, en plus de la joie d’être ensemble, c’est un acte symbolique au-
quel je vous convie. Manger oui, mais comme des chercheurs de paix, c’est-à-dire comme celui
qui invite à sa table pour être lui-même symboliquement la nourriture que l’on y partage.